L’action
Présentation
Accents d’insistance
Techniques
Mémorisation
L'action (ou actio, ou pronuntiatio, ou hypocrisis) est le parachèvement du travail rhétorique, l’énonciation, l'interprétation effective du discours, la mise en oeuvre des autres parties, où l’on emploie :
- les effets de voix,
- les mimiques,
- le regard,
- les techniques gestuelles.
Ici, l'orateur devient également acteur, et doit savoir émouvoir par le geste et par les expressions du visage.
"L'action oratoire comprend les qualités de la voix et le mouvement du corps. Les qualités de la voix ont un caractère propre, qui se forme par l'art et le travail. Elles sont au nombre de trois : la puissance, la résistance, et la souplesse." (Rhétorique à Herrenius)
"Comme le visage est le miroir de l'âme, les yeux en sont les interprètes ; ils seront rieurs et graves tour à tour, à la mesure des choses mêmes dont on traitera." (Cicéron, L'orateur)
"Il faut aussi accorder quelque chose à l'art du comédien, pourvu qu'on s'en tienne à ce que l'orateur doit savoir pour bien prononcer ; (...) Il ne faut pas même qu'il emprunte aux comédiens tous leurs gestes et tous leurs mouvements. Quoique ces deux parties de l'action doivent être, jusqu'à un certain point, réglées dans l'orateur, il ne laissera pas de se tenir à une grande distance du comédien, et d'éviter l'exagération dans le regard, dans le geste et dans la démarche; car si tout cela exige un certain art, il y en a encore un plus grand à savoir dissimuler l'art. (...) C'est encore au comédien à enseigner le ton qui convient à la narration, avec quelle autorité on persuade, avec quelle impétuosité éclate la colère, quel accent sied à la pitié. Pour bien faire, il choisira dans les comédies les passages qui ont le plus de rapport avec le ton des plaidoiries. Ces morceaux de choix, en même temps qu'ils sont très utiles à la prononciation, sont très propres à nourrir l'éloquence. Voilà pour l'âge où l'intelligence ne comporte pas encore un plus haut enseignement; car lorsque le temps sera venu de lire des discours, et que l'élève sera en état d'en apprécier les beautés, je veux qu'il soit assisté d'un maître vigilant et habile, qui, non content de le former à la lecture, le force à apprendre par cœur des passages choisis de ces discours, et à les réciter à haute voix, comme s'il avait véritablement à parler en public; en sorte qu'il exerce à la fois, par la prononciation, son organe et sa mémoire." (Quintilien, L'institution oratoire)
Le meilleur style est celui qui s’adapte au sujet :
Style But Preuve Moment du discours Noble (voix grave) émouvoir pathos péroraison (passion), digression Simple (voix ténue) expliquer logos narration, confirmation, récapitulation Agréable (voix medium) plaire ethos exorde, digression
Accents affectifs :
- emphatique : excès de soulignement.
- pathétique : renvoie à un sentiment peut-être feint.
- oratoire : ton sublime.
- émotionnel : trouble du locuteur.
- expressif : couleur du style.
- hautain, amer, ironique, personnel....
Accent antithétique (ou intellectuel) :
- "Ce n’est pas un débat, c’est un combat."
- "Ce qui m'intéresse, ce sont les gens, pas l'argent."
Pour toucher l'auditoire, il faut s'efforcer d'employer l'humour, des exemples, des anecdotes, des analogies, des métaphores...
D'autre part, on pourra prendre à témoin le public par des expressions du type : "Vous me direz que...", "Vous savez sans doute que...". On joue ainsi sur le pathos.
La mémorisation du discours (memoria) a été intégrée à l'action : mieux on possède son discours, plus on est capable de l’adapter aux objections et d’improviser.
La mémoire consiste à bien retenir les idées, les mots et leur disposition. Il s'agirait là en fait de mémoriser des emplacements (lieux) où se situeraient des images. Ces images peuvent être des symboles, et l'orateur, ou l'écrivain, peut visiter "la maison" dans laquelle ces symboles sont disposés, voyant, repérant des images clés, les associant éventuellement, et construisant au fur et à mesure son discours.
On sait aujourd'hui que les gens qui possèdent une excellente mémoire ne bénéficient pas forcément d'un don particulier : ils la font simplement travailler beaucoup plus que les autres. Ainsi, certaines personnes très douées dans la mémorisation de grands nombres travaillent en découpant le nombre en paires de chiffres. A chaque paire de chiffres est associée une image, un personnage, un objet, une action (on retrouve la notion de lieu)... La lecture d'un grand nombre se fait alors comme celle d'une petite histoire.
C'est donc à l'orateur de construire son univers de symboles, dans lequel il peut évoluer à sa guise. Toute personne ayant à mémoriser un discours pourra par exemple se représenter sous forme de graphique ses différentes parties et leurs interactions...
Cependant, pour limiter au maximum le risque d'oubli, il sera nécessaire de mémoriser des phrases courtes. Le taux de rétention des informations varie ainsi de 100% pour une phrase de 12 mots à 30% pour une phrase de 40 mots.