TRANSLATION DU SENS POUR UN MOT


Ces figures s'appellent les tropes : ce sont les figures de signification, c’est-à-dire axées sur la modification du sens initial du ou des mots. On les appelle aussi des métasémèmes.

Métaphore

(trope par ressemblance) Désigne une chose par le nom d’une autre ayant avec elle un rapport de ressemblance (remplace le "est comme" par "est"). On observe donc un déplacement de sens du mot choisi, une modification du contenu sémantique du terme. Le mot est détourné de son usage originel. C'est sans doute la plus connue (et la plus puissante) des figures. Elle correspond en partie à ce que l'on nomme une image.

- Les métaphores sont les outils vivants de la pensée créatrice, elles effectuent des transferts de sens qui permettent à la pensée de rebondir et de féconder ainsi d'autres champs cognitifs.   Raymond Queneau 

- Mon coeur gronde et bouillonne, et je sens lentement, Couvercle soulevé par un flot écumant, S'entrouvrir mon front plein de rêves.   Victor Hugo 

- Clodomir lisse sa moustache de maïs avec le crochet de son index.   Jean Giono 

- Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes.   Charles Baudelaire 

- Portant sur le nom :

- "un ours" pour un homme bourru, "un loup" pour un homme ambitieux, "une pie" pour quelqu'un de bavard, "une bécasse", "avoir les portugaises ensablées", "s'emmêler les pinceaux"..  

- Portant sur l’adjectif :

- "une vie orageuse", "un remords dévorant"...  

- Portant sur le participe :

- "glacé d’effroi", "pétrifié d’étonnement", "fondant en larmes"...  

- Portant sur le verbe :

- "nager dans le sang", "éclipser ses rivaux", "écumer de rage"...  

- Portant sur l’adverbe :

- "répondre sèchement", "recevoir froidement"....  

La métaphore est souvent annoncée par un copule de comparaison.

Les copules de comparaison

La comparaison canonique est introduite par un "comme". A l’opposé, la métaphore in absentia est une substitution pure d’un sémème par un autre, donc sans utilisation de copules. Entre ces deux extrêmes, on trouve toute une panoplie de copules de comparaison, souvent utilisés pour atténuer le caractère approximatif, banal ou naïf du "comme" et imposer une affirmation de sens.

1) Comme et ses dérivés :

Tel, semble (simule, semblable à, similaire à), même, ainsi que, pareil à, mieux que, plus/moins ... que..., aussi ... que..., autant...que...

- Les maisons semblaient dessinées à la craie sur le papier bleuté du ciel.   Henri Barbusse 

- Je vous ai entendue raisonner mieux que de vieux derviches à longue barbe.   François Marie Voltaire 

- Le poète est semblable au prince des nuées.   Charles Baudelaire 

- C'était un grand garçon, fort efflanqué, fort fluet, aussi doux d'esprit que faible de corps.   Jean-Jacques Rousseau 

- Il y avait à la maison un âne, le meilleur âne que j'aie jamais connu.   George Sand 

2) Appariement :

Soeur, frère, père, mère, cousin, le couple, la paire...

3) Est d’équivalence :

Utilisé pour plus de détermination.

- La nature est un temple où de vivants piliers..   Charles Baudelaire 

4) L’apposition :

Procédé par lequel un terme qualifie un nom ou un pronom en lui étant juxtaposé.

- L’ennui... cet aigle aux yeux crevés.   Bernier 

- Ses yeux, ses diamants étincelaient.   Gustave Flaubert 
- Salammbô -

- Et sur la cité, monstre aux écailles de toits, le silence descend, doux comme une paupière.   Samain 

- L'homme à tête de chou.   Serge Gainsbourg 

- Ils se battent - combat terrible - corps à corps.   Victor Hugo 

5) Locutions :

- On dirait, on aurait dit...

Equivalent Métaphore corrigée

- L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant.  

- Un "saucisson à pattes" pour un basset.  

- En argot : airbags = seins, caisse = voiture, une galère, Mururoa = fille canon, ananas = seins, cagoule = préservatif...  

Certaines métaphores, trop souvent employées, deviennent des clichés :

- - le QG des manifestants, le fléau de la nation, c'est la Bérézina...  

Métonymie

(trope par correspondance) Désigne une chose par le nom d’une autre qui lui est habituellement associée. Chacun des noms désigne un objet absolument à part, mais doit à l’autre son existence ou sa manière d’être. Autrement dit, le mot d’origine est substitué par une opération de connotation.

- Un sentiment tricolore intense pour patriotique   Paul Claudel 

- Translation entre cause et effet :

- "l’heure tourne" pour les aiguilles de la pendule tournent.  

- "Neptune" pour la mer, "Eole" pour le vent  

- "les lunes" pour les mois.  

- "une oreille fine" pour une bonne ouïe.  

- "la lumière de ma vie" pour ma femme.  

- "avoir le vin triste", "lever le coude", "se serrer la ceinture"...  

- Translation entre objet et signe :

- "un bon pinceau" pour un bon peintre, "avoir la gâchette facile", "le voile" pour le deuil, les fers" pour l’esclavage.  

- Comme au coeur du soldat il palpite la France...   Guillaume Apollinaire 

- Une large viscosité ronde et plate... (une pieuvre)   Victor Hugo 

- Au milieu de cette ombre... brillaient des blancheurs de baïonnette   Gustave Flaubert 

- Translation entre contenu et contenant :

- "boire un verre" pour son contenu, "Paris est triste" pour ses habitants.  

- Translation portant sur le lieu :

- "un madras ou un cachemire" pour le tissu qui y est fabriqué, "un bon bourgogne" pour le vin qui y est élaboré, "la Maison Blanche" pour la présidence des Etats-Unis.  

- Translation portant sur le physique :

- "manque de cervelle" pour manque de jugement.  

- "ventre affamé n’a pas d’oreilles" pour pitié.  

- "une forte tête" pour un fort caractère.  

- "une grosse tête" pour quelqu'un reconnu intelligent.  

- "la Grande Muette" pour l'Armée.  

On trouve également dans l'argot beaucoup de métonymies :

- un bleu = un flic, un delacroix = 100 francs, un crêteux = un punk, un calibre,...  

de même que dans le langage courant où beaucoup de "raccourcis" entre individu et objet manipulé sont opérés :

- "je suis en panne" (au lieu de ma voiture), "j'ai crevé", j'ai déraillé", "j'imprime plus"...  

Synecdoque

(trope par connexion) Désigne une chose par le nom d’une autre avec laquelle elle a un rapport de nécessité ou d'inclusion.

- Ca m'étonnerait, dit complet bleu.   Jean-Pierre Manchette 
- La position du tireur couché -

- Depuis plus de six mois éloigné de mon père
J'ignore le destin d'une tête si chère.
  Jean Racine 

- Translation entre le tout et la partie :

- "Payer 3€ par tête" pour individu.  

- "un village de trois cents âmes" pour habitants.  

- Les voiles au loin pour vaisseaux.  

- je t’invite sous mon toit pour dans ma maison.  

- le Français est râleur pour les Français.  

- ça sent le sapin pour le cercueil.  

- le 20 heures pour le journal de 20 heures.  

- le pavé pour le trottoir.  

- un été pour une année.  

- un feutre pour un chapeau en feutre...  

- Translation entre la partie et le tout :

- "Acheter un vison" pour un manteau fait en peau de vison.  

- "L’homme prit une cigarette et l’alluma." pour la main de l’homme.  

- "la jeunesse" pour les jeunes. (synecdoque d’abstraction absolue).  

Equivalent Antonomase : Synecdoque d’individu.

- "un Turc" pour un homme fort et impitoyable.  

- une Harpie pour une femme méchante et criarde.  

Impropriété

Emploi d’un mot dans un sens différent de celui qui lui est normalement attribué, ou emploi d’un néologisme, de synonymes qui ne correspondent pas, changement de catégorie grammaticale (on a alors un solécisme)...

- A première vue, ce n’est pas ce qu’il a dit.  

- Tu me hérisses les nerfs...   Alis 

- Jusqu'où t'arrêteras-tu ?