Les Figures
On peut considérer une figure comme une opération effectuée :
Les opérations affectent le mot, la phrase, et le discours (ou récit). On les appelle alors métaplasmes (opérations visant à altérer la forme phonique d'un message par suppression, ajout ou changement de lettres ou de syllabes), métagraphes (modifications apportées aux textes destinés à être lus au niveau du graphisme des caractères ou de la disposition des mots dans la phrase), métataxes (combinaison et distribution des mots (syntaxe) dans la phrase).
Les opérations basiques possibles sont l'ajout (adjonction, création ou répétition), l'effacement (suppression), la modification (substitution, translation (ou glissement), permutation), et la combinaison (symétrie, opposition, fusion).
On pourrait imaginer qu'une combinaison de ces opérations de base avec les éléments constitutifs d'un texte soit possible, donnant ainsi le jour à une arithmétique des figures. Il est à noter cependant que cette tentative de classement de classement ne peut être simple : ce qui influe sur la forme influe aussi sur le sens, et parfois sur le son...
Le classement des figures que je propose ici, s'appuie sur une hypothèse, déjà développée par le Groupe µ : les figures seraient des opérations de type mathématique portant sur la forme, le sens et le son, au niveau des mots, de la phrase, ou du discours dans son ensemble. Ceci reste, pour moi et pour l'instant, un bon moyen pour classer et retrouver plus facilement les différentes figures.
Ce sont les opérations affectant le SENS, le SIGNE, ou le SON.
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Figures opérant sur le mot |
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Figures opérant au niveau de la phrase ou d'un groupe de mots |
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Figures opérant sur un discours dans son ensemble : ce sont, d'une façon générale, les figures de style, ensemble de figures s'étendant à toute une pensée. Elles représentent l'esprit du texte, et donc celui de l'orateur ou de l'écrivain. |
| Opération | sur le sens | sur la forme | sur le son |
| Ajout | |||
| Adjonction |
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| Création |
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| Répétition |
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| Effacement | |||
| Suppression |
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| Modification | |||
| Substitution |
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| Translation |
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| Permutation |
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| Combinaison | |||
| Symétrie |
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| Opposition |
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| Fusion |
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Elles sont indépendantes du son, du sens et de l'ordre des mots. Les figures de pensée ne concernent que les rapports entre les idées, et sont plus particulièrement utilisées en argumentation.
"C'est là le domaine des "figures" dont s'inquiétait l'antique "Rhétorique" et qui est aujourd'hui à peu près délaissé par l'enseignement. Cet abandon est regrettable. La formation des figures est indivisible du langage lui-même, dont tous les mots abstraits sont obtenus par quelque abus ou quelque transfert de signification, suivi d'un oubli du sens primitif". (Paul Valéry)
En général, la figure est définie comme un écart de langage destiné à susciter, par effet de contraste, l'étonnement, la surprise, le rire, l'émotion, voire l'admiration. Mais un écart par rapport à quoi ?
En stylistique, on le définira "par rapport à l'usage". Mais certaines figures sont entrées dans l'usage :
En rhétorique, la figure n'est pas essentiellement ce qui s'oppose à l'expression commune, mais ce qui s'oppose à l'expression simple, la plus appropriée à l'usage reçu, voire à ce qui plaît à l'oreille.
"La seule qualité qu'on puisse remarquer, c'est la vocalité ou l'euphonie. Voilà pourquoi entre deux mots qui ont même signification et même valeur, on choisit celui qui sonne le mieux." (Quintilien, L'institution Oratoire), qui continue : "Ce qu'il faut d'abord fuir comme une difformité, c'est le barbarisme et le solécisme. Mais comme ces vices trouvent quelquefois leur excuse soit dans l'usage, soit dans l'autorité, soit dans l'antiquité, soit enfin dans un rapport avec quelque beauté (car il est souvent difficile de les distinguer des figures), le grammairien qui ne veut pas se méprendre sur un point d'observation aussi fugitif, doit s'appliquer à bien saisir cette nuance délicate."
En effet, même si certaines figures présentées constituent des fautes de langage, il est possible de s'en servir pour écrire des textes drôles et novateurs. L'opposition se situe entre le prévisible et l'imprévisible, le banal et l'original : il faut également considérer les figures comme des possibilités de jeux littéraires.
On pourrait dire également que la figure constitue un écart par rapport à un degré zéro du langage, dont le langage scientifique, purement descriptif, pourrait être le meilleur représentant. On ne peut pas, en effet, considérer le langage quotidien, familier comme le degré zéro.
Le degré zéro d'un élément textuel donné pourrait être ce que le lecteur attend à cet endroit du discours en fonction d'une norme définie. Le lecteur intervient donc au niveau de ses connaissances et du contexte :
On notera qu'une parfaite transparence du langage est quasi impossible. Tout mot, même s'il s'agit d'un terme technique, finit par être porteur d'équivocité. Certains extraits de documentations techniques, portant notamment sur le mode d'utilisation de logiciels, auraient très bien pu être l'oeuvre des surréalistes du début du siècle :
"Si vous survolez la fenêtre avec votre souris, une croix blanche apparaît : vous pouvez capturer une image..."
On désigne par figure l'opération consistant à modifier une expression à une autre que l'on attendrait à ce moment du discours si celui-ci était écrit au degré zéro (voir théorie de Shannon sur l'information). On distingue les figures de mots (résultats d'opérations portant sur un mot, un groupe de mots, une phrase ou le discours dans son ensemble) et les figures de pensées, qui reflètent plus la démarche et le style de celui qui construit le discours.
On désigne par trope (du grec tropos : tour, manière) l'opération consistant à changer le sens d'un mot, et généralement toute figure dans laquelle on emploie les mots avec un sens différent de leur sens habituel. Les tropes sont au nombre de trois : ce sont la métonymie, la synecdoque et la métaphore.
"La langue poétique est non seulement étrangère au bon usage, elle en est l'antithèse. Son essence consiste dans la violation des normes du langage." (T.Todorov)
Il est donc nécessaire de bien connaître ces normes pour mieux les contourner, non pas en aveugle, ce qui mènerait le poète au barbarisme, mais en créateur agissant sur les mêmes matériaux de base : le sens, le son, la forme.
Elle consiste à employer un mot dans un autre sens que celui qui lui est normalement attribué. On réalise une translation du sens originel d'un mot (ou d'un groupe de mots). L'image correspond en fait à la métaphore. L'image et la métaphore sont des arguments de poids fort.
Les figures se dénommaient en latin schemata, c'est-à-dire structures. C'est pourquoi je propose de les répertorier et les détailler en prenant en compte leur structure, en détaillant leurs propriétés.