Présentation de la Rhétorique


Ses objectifs
La rhétorique courante
Rhétorique et littérature
Rhétorique et persuasion

Qu'est-ce que la rhétorique ? Un art, une technique, une science, une morale, un enseignement, une pratique sociale, une discipline ?... Elle imprègne de façon intime nos relations sociales, elle transparaît dans nos paroles, au cours de débats, de discussions, de disputes, de leçons de morale, de justifications, de démonstrations, de joutes oratoires. Elle reflète l'esprit de chacun. C'est un peu notre vitrine intellectuelle. Ainsi, chacun fait appel à sa propre rhétorique pour exprimer ses idées. En effet, l'exercice du langage appartient à tous : nous avons tous le pouvoir de jouer avec et de l'enrichir.

Cette "discipline" permet donc de décrypter et de composer des textes littéraires ou des discours. Pourquoi n'est-elle plus enseignée ? Savoir persuader, savoir analyser le contenu d'un message, savoir déjouer un argumentaire fallacieux, savoir formuler des hypothèses, savoir s'exprimer tout simplement, c'est très important. Voilà quelque chose dont on a tous besoin, toute notre vie, et dans de nombreuses situations, aussi bien personnelles que professionnelles. La rhétorique est-elle donc réservée aux puissants maîtres de la parole, aux politiciens, aux journalistes, aux publicistes, aux juristes, aux critiques ?

Les objectifs de la rhétorique

La rhétorique a pour but de persuader l'interlocuteur (ou le lecteur) à partir d'un argumentaire solide. Elle a aussi pour objectif de bien s'exprimer, de communiquer de manière efficace.

La rhétorique intervient là où la logique, avec ses outils (la dialectique, le syllogisme) tente de franchir la frontière entre convaincre et persuader. La rhétorique a évolué avec les siècles, les peuples, les cultures. Elle est fortement liée à la langue à laquelle elle vient se greffer. Aussi a-t-elle des liens étroits avec la linguistique : en traitant le code, le langage lui-même, on dira qu'elle a une fonction métalinguistique. En traitant du contenu, elle est également très proche de l'argumentation.

Si la feinte et le mensonge peuvent être employés, ils ne visent pas essentiellement à tromper, ils cherchent plutôt à être découverts, traduits, décryptés pour produire leur véritable effet. La rhétorique est avant tout une réflexion sur la parole (dite ou écrite), une discipline étudiant les conditions d'un langage et d'une communication plus efficaces. La précision de la parole dépend avant tout des choix qu'on peut opérer parmi les infinies subtilités du langage. Connaître ces subtilités, c'est affûter la lame de la persuasion.

La rhétorique se combine à la psychologie et la sociologie, mais n'est pas une méthode de manipulation, celle-ci relevant plus de la psychologie pure. Elle sert tout au plus à démasquer certains de ses principes, à appliquer une grille de décodage à certains discours, permettant ainsi une meilleure lecture et une meilleure écoute. Inversement, elle peut aider à mieux s'exprimer au quotidien, ou dans un cadre professionnel, à perfectionner la présentation de certaines idées.

Enfin, elle a pour visées le bon, le beau, le juste, principes qu'Aristote considère comme essentiels, qui constituent des qualités morales sous-jacentes dont doit faire preuve l'orateur ou l'écrivain.

La rhétorique courante

La rhétorique a pour but d'enseigner l'art de s'exprimer, et à travers l'expression, l'art de faire partager ses opinions. Son objet est d'atteindre, par le discours, le but désiré : convaincre autrui de la justesse d'une cause ou d'une opinion... mais pas par tous les moyens.

La rhétorique courante, celle dont nous usons quotidiennement et que l'on pourrait qualifier de triviale, de vulgaire, sert à dissimuler ou à transformer la vérité, pour faire dire à une personne le contraire de ce qu'elle avance, ou pour lui faire dire ce qu'elle n'a jamais dit. C'est la face négative de la rhétorique qui apparaît là, avec une connotation de manipulation d'autrui et la volonté de déstabiliser pour s'octroyer un pouvoir, aussi petit soit-il. Bien des gens ne la considèrent que sous cette acception. L'objectif de la rhétorique est de persuader, mais dans un esprit de loyauté, à l'aide d'arguments soigneusement choisis et agencés, en utilisant divers effets (figures) permettant d'agrémenter le texte, de le rendre plus riche.

Rhétorique et littérature

La rhétorique littéraire, même si elle use des mêmes principes logiques et propositionnels, intègre la notion de beauté. Dans la parole, dans la construction du discours, et dans son fond, telle qu'Aristote l'a enseignée.

Le cour de la rhétorique littéraire est la figure : figure de mot, de style, de pensée... La rhétorique n'a pourtant pas pour objectif de répertorier l'ensemble des figures et autres écarts de langage et "jeux de mots", mais d'en connaître les principales caractéristiques et de comprendre leur pouvoir, encore actif aujourd'hui dans les discours juridiques et politiques, pour ne plus les subir mais pour en jouir.

La rhétorique a l'ambition de s'insinuer dans la technique littéraire, toujours en s'appuyant sur les figures (qui permettent l'élaboration d'images), parfois de manière outrancière comme l'ont fait Joyce (Ulysse) ou Queneau (Exercices de Style).

La rhétorique est aussi devenue la connaissance des procédés de langage caractéristiques de la littérature. Elle aboutit alors, par décodage des styles et des procédés, à une meilleure interprétation des textes et des discours.

Elle laisse à la stylistique le soin de regrouper les méthodes utilisées dans le but de capter l'attention du lecteur ou de l'auditeur.

Rhétorique et persuasion

Une autre finalité de la rhétorique est d'enseigner des techniques de persuasion. Elle reprend deux concepts clés de la logique : l'argumentation et la notion d'auditoire.

Ces techniques de persuasion ne peuvent être universelles : chacun (et tout le monde) use de sa propre rhétorique, de sa propre manière de s'exprimer et de persuader. Chacun développe sa propre rhétorique en même temps que sa façon de percevoir le monde.

Il est nécessaire de considérer que, si la rhétorique cherche à persuader et convaincre, ce n'est jamais par la force, contrairement à d'autres méthodes. "Un homme convaincu contre sa volonté garde quand même son opinion".

Il existe quatre moyens d'amener quelqu'un à faire (ou penser) quelque chose : l'exercice du pouvoir (qui prendra toujours le pas sur les trois autres, et qui inclut l'usage de la force, le chantage...), la séduction, l'argumentation (qui peut réellement modifier le point de vue d'une personne) et la manipulation. Cette dernière est étudiée dans le cadre de la psychologie sociale et permet surtout de modifier le comportement d'une personne, sans forcément que son point de vue le soit. Elle utilise en particulier la désinformation et la propagande.

Il se doit de faire une distinction entre convaincre et persuader. Bien que ces mots soit ordinairement interchangeables dans le discours de tous les jours, convaincre n'est pas toujours persuader. Le terme "convaincre" a une signification plus étriquée ; il signifie forcer quelqu'un à accepter une conclusion à travers le développement d'un argument valide.

La logique est indispensable, mais elle ne peut pas tout faire. Elle doit être complétée dans la plupart des cas par la rhétorique. Celle-ci influence cette partie de nous-mêmes qui n'est pas gagnée par le pur raisonnement.

La rhétorique elle-même n'est pas toujours illogique. Comme Francis Bacon l'a dit, "La rhétorique n'apprend pas plus aux gens à faire en sorte que la pire des causes apparaisse la meilleure, que la logique ne leur apprend à raisonner de manière fallacieuse.". La rhétorique est un moyen de persuasion qui prend la relève là où la logique finit son travail. Après que la logique ait convaincu l'esprit, la rhétorique prend le relais.